Le projet Hercule : une privatisation d’EDF Un projet incompatible avec les objectifs sociaux et écologiques de la transition.

Comme d’autres services publics (poste, rail), le secteur de l’énergie doit obéir aux injonctions néolibérales de la Commission européenne. En application d’une directive européenne de 1996, la production et la distribution d’électricité doivent être soumises aux règles de la concurrence et permettre l’entrée d’acteurs privés. Le projet Hercule, qui sera présenté à l’Assemblée nationale en 2021, se conforme à cette logique et se traduira par l’éclatement de l’entreprise publique EDF en trois pôles : le pôle «  Bleu  », abritant le nucléaire et le thermique (charbon, gaz), qui restera public à 100 % ; le pôle «  Azur  », qui concerne l’hydraulique, avec la possibilité d’une privatisation partielle ou totale des barrages ; et le pôle «  Vert  », regroupant le réseau de distribution et les énergies renouvelables, qui sera également ouvert aux capitaux privés.

Le projet Hercule constitue une nouvelle étape dans le processus de libéralisation du « marché » de l’énergie entamé au début des années 2000 et dont le bilan est largement négatif. En premier lieu, contrairement aux prédictions des défenseurs de la libéralisation, l’ouverture à la concurrence n’a pas entraîné une baisse des prix de l’électricité. Bien au contraire ! Ceux-ci ont subi en dix ans une hausse de plus de 37 % (près de quatre fois supérieure à l’inflation), dont seule une partie est imputable au coût des investissements dans la production et la distribution. En second lieu, la relégation d’EDF au rang de fournisseur comme les autres entraînera la disparition des tarifs réglementés et des prix stables. Les objectifs sociaux deviennent ainsi secondaires. Tous les clients se verront imposer la jungle des fournisseurs et des offres opaques. (...)

par Dominique Plihon
publié le 27 janvier 2021