"Hercule" contre l’intérêt général L’Humanité Dimanche

Voici une expérience qui mérite d’être méditée. En 2004, le pouvoir promettait sur tous les tons une baisse des tarifs de l’énergie avec le changement de statut d’EDF, l’ouverture de son capital et le passage du seuil de la capitalisation boursière.

La hausse des prix de l’électricité et du gaz depuis cette date est de l’ordre de 60%. Pas une année ne passe sans une nouvelle augmentation : sur les deux dernières années, elle fut de 7.2% en 2019 et 4% en 2020. Et ce mois de février vient déjà d’enregistrer une hausse de 1.7% alors que 13 millions de Français sont reconnus en précarité énergétique, légalement définie comme le fait « d’éprouver dans son logement des difficultés particulières à disposer de la fourniture d’énergie nécessaire à la satisfaction de ses besoins élémentaires ».

Voilà la triste logique de la concurrence « libre et non faussée ». Cette même logique que les sbires de la Commission européenne alliés aux valets nationaux du capital cherchent à perpétuer en finissant d’ouvrir l’ensemble de l’activité d’EDF à la concurrence par un projet de démantèlement baptisé « Hercule ».

Celui-ci prévoit de scinder ce fleuron grâce auquel se sont construites l’indépendance et la sécurité énergétique nationale en trois entités concurrentes : une branche consacrée au nucléaire, gourmand en investissements utiles, une autre, essentiellement consacrée à la distribution, aux commerces et aux services, et une dernière à la production hydraulique. Seule le seconde branche, la plus rentable, est appelée pour l’heure à ouvrir son capital pour attirer quelques actionnaires en manque d’investissements juteux, avant, comme de coutume, que l’ensemble de ses activités ne fassent les choux gras du secteur privé et de l’actionnariat transnational.

L’État supportera les investissements les plus couteux quand le privé se goinfrera des activités les plus lucratives. Un fois encore se vérifie l’adage selon lequel le capitalisme ne sait que socialiser les pertes et privatiser les profits.

Ajoutons que la Commission européenne, toujours soucieuse de favoriser la concurrence, impose déjà à EDF de vendre un quart de son électricité nucléaire aux fournisseurs alternatifs à un prix fixe. Autrement dit, elle contraint notre ressource énergétique prépondérante, constituée grâce aux efforts de toute une nation, à se tirer une balle dans le pied pour satisfaire le dieu « argent » et ses adeptes actionnaires.

Après la scission avec GDF devenue Engie, la tripartition d’EDF et l’ouverture à la concurrence de la branche distribution acterait la démolition d’un nouveau pilier de la République sociale érigée à la Libération pour garantir une péréquation tarifaire dans l’accès à l’électricité, symbole d’égalité et de solidarité nationale.

Le pouvoir qui s’enivre du mot « République » en sape méthodiquement tous les fondements : à l’égalité territoriale dans l’accès à l’énergie et aux tarifs régulés est appelée à succéder l’inégalité et la fluctuation des tarifs en fonction des gros appétits des ogres de la finance. De l’avenir de l’industrie française et celui de territoires, des défis climatiques, de la souveraineté énergétique, ils n’ont cure.

Mobilisés, les salariés d’EDF, sont soutenus par l’ensemble des syndicats, des parlementaires, notamment communistes, au premier rang desquels le député de Seine-Maritime Sébastien Jumel et le sénateur de Seine-Saint-Denis Fabien Gay. Ensemble, dans l’union, ils sont porteurs de l’intérêt général. Elargir le soutien autour d’eux, devient dès lors un devoir national, humain et environnemental de nature à faire reculer le pouvoir.

Patrick Le Hyaric